Et si le réchauffement climatique entraînait un refroidissement ?

...ou le déluge
vendredi 8 mars 2013
par  Béatrice
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Quand on habite en Normandie et qu’on entend parler de réchauffement climatique, on ne voit pas forcément cela d’un mauvais œil. Que l’on puisse remplacer les pommes par des melons, la soupe au chou par la soupe au pistou, ou le beurre par de l’huile d’olive [1]..., finalement ça pourrait même avoir du bon ! Et on s’imagine pouvoir aller à la plage sans être obligé de prévoir le pull (voire le ciré !), et l’on pourrait bronzer presque toute l’année sur nos belles côtes normandes.... qu’y aurait-il à regretter ?

Qu’il y ait des personnes qui souffrent déjà du réchauffement climatique, on n’est pas forcément au courant. Et s’identifier à des hommes ou des femmes à l’autre bout du monde n’est pas évident ; surtout quand ils ne partagent pas notre mode de vie. Que les Inupiaks en Alaska ne puissent plus aller chasser le phoque (se nourrir) et qu’ils voient leur maison sombrer dans la mer du fait de la banquise qui disparait... Que dans le sud ouest du Bangladesh les habitants ne puissent plus cultiver leur riz, élever leur vaches ou construire leurs maisons, car leurs terres sont anormalement inondées par l’eau des glaciers qui fondent... Que les peuples des Maldives se retrouvent expulsés de leurs toits, de leurs villes, de leur Pays au fur et à mesure que leurs atolls se retrouvent à la merci de la mer qui monte... Que les Chinois de Longbaoshan voient leurs vergers recouverts de sable, leur village devenir une immense dune et la désertification grignoter chaque jour un peu plus leur vie [2].... Difficile d’avoir de l’empathie à des milliers de kilomètres de distance...

Vu d’ici en "Europe du Nord", le réchauffement climatique, c’est soit une réalité très abstraite, soit un phénomène qu’on attendrait presque...

Mais, voilà, qui dit réchauffement climatique planétaire ne dit pas réchauffement uniforme des températures de la planète. Au contraire, les conséquences observées sont plutôt l’augmentation de la durée, de la fréquence et de l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes (dans différents lieux de la planète en même temps, et successivement sur une même aire géographique) : augmentation des précipitations entrainant des inondations d’une part, augmentation des zones désertiques d’autre part, canicule et sécheresse d’un côté, chutes de neige et froid glaciaire de l’autre...

Difficile de savoir quel temps il fera demain ; un froid mordant ? encore de la pluie ? ou enfin du soleil !?
Parmi les nombreuses hypothèses qui existent concernant l’évolution du climat, il en est 2 qui vont directement préoccuper les Normands (et plus largement tous les habitants de l’Europe de l’Ouest et du Nord) :

- à court terme, c’est une augmentation de la pluie qui est prévue (on se demande comment c’est possible après l’année pluvieuse qui vient de passer !) : "Pour les années à venir les modèles prévoient une augmentation de la pluviométrie d’environ 3% à chaque degré de réchauffement. (...) Mais la répartition de ces précipitations sera également de plus en plus inégale. (...) Certains modèles prévoient une hausse des précipitations au Nord de l’Europe et du continent américain. (...) Par contre dans le bassin méditerranéen et les régions subtropicales comme le Sahel, l’Australie, le sud de l’Afrique... c’est à dire les endroits déjà peu arrosés, il devrait se produire un assèchement encore plus marqué. (...) Entre 1990 et 2005, les précipitations ont déjà augmenté de 6 à 8% en Amérique du Nord, en Europe du Nord, et en Asie centrale et du Nord." [3]

- à long terme, le réchauffement climatique pourrait entraîner un refroidissement : cette hypothèse est liée à l’existence de grands courants marins océaniques qui sont "mus par des différences de température et de concentration saline" [4] et qui régulent le climat sur le long terme. Le Gulf Stream, notamment, vient de l’Amérique jusque sur nos côtes et nous amène la chaleur qui nous fait tant apprécier notre climat. Or, "L’élévation des températures pourrait provoquer la fonte à grande échelle des glaces de l’Arctique, diluant le sel de l’eau de mer et affaiblissant la puissance de cette pompe jusqu’à l’immobiliser. Le Golf Stream se ralentirait au point de se figer complètement. (...) Si cela devait se produire, les températures en Europe du Nord chuteraient en hiver de plus de 10°C. Le climat y serait comparable à celui du Labrador ou de certaines régions de Sibérie." [5]

Là, tout de suite, cela fait moins rire, et on aimerait bien savoir quoi faire pour enrayer le réchauffement climatique. Tout de suite !

Béatrice Bouteloup


- Pour agir maintenant contre le réchauffement climatique, une des première solutions serait de se référer au scénario Négawatt (en 3 mots : sobriété, efficacité, renouvelables) : http://www.negawatt.org/
- Individuellement, on peut mesurer son empreinte carbone avec de nombreux calculateurs ; voir par exemple celui proposé par La Revue Durable, avec les possibilités pour diminuer ses émissions : http://www.leclimatentrenosmains.org/ ou sur le site du WWF http://www.wwf.fr/s-informer/calculer-votre-empreinte-ecologique
- Pour aller plus loin, prendre connaissance des alternatives existantes à la consommation de Gaz à Effet de Serre et les actions à entreprendre par les les individus, mais aussi les Etats et les entreprises, qui sont recensées par Laurent DE BARTILLAT et Simon RETALLACK dans "Stop" (Seuil, 451 pages, Baume-Les-Dames, 2003).


[1actuellement, le beurre - comme la plupart des matières grasses animales - a mauvaise presse contrairement à l’huile d’olive. On oublie de dire que le beurre est riche en vitamine D. Et on préfère prôner les compléments alimentaires riches en vitamine de synthèse qui sont censés nous sauver la santé. Tant pis aussi si l’huile d’olive est fabriqué à l’autre bout de la France (voire plus loin) ! On ne veut plus du beurre qui est une sous-production animale, même quand il est produit juste à côté de chez soi...

[2Tous ces exemples sont issus du très instructif ouvrage rédigé par le collectif ARGOS en 2007 aux éditions Infolio intitulé "Réfugiés Climatiques". On y découvre ce que "réchauffement climatique" veut dire pour des millions de personnes

[3on trouvera de nombreuses autres données sur les conséquences à moyen et long terme du réchauffement climatique dans la BD de Philippe SQUARZONI "Saison Brune", Delcourt, 477 pages, 2012, passage cité pages 168 à 170

[4"Stop" de Laurent DE BARTILLAT et Simon RETALLACK, Seuil, 451 pages, Baume-Les-Dames, 2003, page 59

[5"Stop", ibid.


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"Les nomades disent souvent qu’ils appartiennent aux lieux et non l’inverse."

30 décembre 2013 - Jean-Claude PIERRE

"La pire des pollutions est dans les têtes, c’est l’indifférence et la résignation."