Amap et Ruche qui dit Oui : quelle(s) différence(s) ?

jeudi 13 novembre 2014
par  Béatrice, Fred
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"La Ruche qui dit Oui !" se présente souvent comme un système proche des Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne), une manière de s’approvisionner en produits locaux de qualité, avec un lieu de "retrouvaille", où chacun vient chercher ses produits.
Pourtant, il serait plus judicieux de la classer comme un autre mode de commercialisation, à côté de ceux déjà existants : vente à la ferme, vente par correspondance ou en ligne, grande distribution, etc.

Si chaque système a sa raison d’être, il est important que consommateurs et producteurs en connaissent les principes, les points communs et les différences pour pouvoir y adhérer en connaissance de cause. Car il existe bien des différences fondamentales entre les Amap et la Ruche qui dit Oui !.

2 différences structurelles majeures

Intermédiaire ?

Dans une Amap il n’existe aucun intermédiaire entre le consommateur et le producteur, tout comme dans d’autres circuits courts tels que les marchés ou la vente à la ferme. L’AMAP est l’absence totale de frais de service (de gestion, d’intermédiation, ...) rémunérés. Il y a une aide dans l’organisation de la part des adhérents et responsables mais elle est bénévole. De plus, il n’y a aucune rémunération des créateurs du système AMAP. Le prix de vente des produits correspond donc à celui que perçoit le producteur.

La Ruche se présente comme un principe de vente directe, c’est à dire sans intermédiaire. Cependant, il y a un pourcentage des ventes qui est prélevée au producteur : La ruche nécessite en effet des frais de service qui sont des outils et facilités de mise en relation (intermédiation) payants à 16,7% HT du CA (Chiffre d’Affaire).

Selon Benjamin GUILBAULT, apiculteur en Loire atlantique, il y a des risques de "tromperie pour le consommateur, qui pense acheter un produit en vente directe, alors qu’il s’agit de manière très subtile d’une vente par 2 intermédiaires : le propriétaire de la ruche qui prend 10% TTC sur le CA réalisé et 10% TTC pour une start-up parisienne".

Société commerciale ou Associations à but non lucratif ?

Toutes les "Ruches qui dit oui !" sont liées à la société Equanum, société créatrice et gestionnaire qui prend 10% TTC sur le Chiffre d’Affaires, afin de gérer le réseau des ruches, gérer la plateforme Internet et s’occuper de la Communication. La société Equanum est "spécialisée dans le secteur d’activité du conseil pour les affaires et autres conseils de gestion" et s’appuie donc sur les richesses produites par les multiples ruches existantes en France et en Europe. Cette société aussi appelée "Ruche-Mama" pourvoit actuellement 7 actionnaires, dont Xavier Niel (Président de Free), Marc Simoncini (co-fondateur du site de rencontres meetic.fr), Christophe Duhamel (co-fondateur du site marmiton.org).

Au contraire, les Amap sont des structures toutes indépendantes les unes des autres, qui se reconnaissent dans la charte des amaps mais qui fonctionnent indépendamment les unes des autres. Chaque Amap est associée à un territoire et à une dynamique collective citoyenne. Elles n’ont vocation à rémunérer seulement et uniquement les paysans locaux.

Incidence directe sur les prix

Dans une ruche, les producteurs sont libres de leurs prix mais doivent, quelle que soit leur politique tarifaire, s’acquitter des frais de service à hauteur de 16,7%HT.
Comme l’explique Benjamin GUILBAULT "Quels prix pratiqués par les producteurs qui se lancent dans cette aventure ?
- soit le même prix qu’en contrat AMAP, et faire payer le consommateur 20% plus cher, le prix à payer pour choisir ce qu’il veut quand il veut !
- soit s’aligner sur le prix du marché en vendant moins cher ses produits de 10 à 20%
".

Dans une Amap, comme il est écrit plus haut, le prix de vente des produits correspond à celui que perçoit le producteur. Dans beaucoup de cas, la marge de l’intermédiaire est laissée au producteur et non répercutée sur le prix de vente. Soit un maraîcher dans une AMAP de 30 personnes qui vendra 1500 paniers de 10 euros par an soit 15 000 euros de CA. La marge intermédiaire qu’il aurait reversé au "fonctionnement d’une ruche" et qu’il gardera dans une Amap s’élèvera aux alentours de 3000 euros. Dans une Amap, l’idée est aussi que les prix et les augmentations soient présentés et expliqués aux adhérents, afin de décider des tarifs.

... d’autres différences

Le Statut : La différence de statut entre Amap et Ruche qui dit oui découle directement de leur mode d’organisation : Quand une Amap peut être une association loi 1901 ou un collectif informel, une Ruche, du fait de son fonctionnement commercial, a forcément un statut officiel. Si le statut associatif est possible pour les Ruches (il représente 16% des cas), les 84 autres % relèvent du statut d’entreprise : autoentrepreneur, EURL, entreprise agricole, SARL, SAS... (outre la société mère Equanum qui est une Société par Action Simplifiée).

PDF - 9.3 Mo

Voir le Document PDF 2014 La Ruche qui dit Oui ! - Qui sommes-nous ? ci-contre.

La Concentration Le système de La Ruche qui dit Oui ! est celui d’un système de concentration des pouvoirs. Concentration des richesses, en l’occurrence à la société Equanum... les Amaps sont des entités individuelles et autonomes (même si elles peuvent être fédérées au niveau national), qui ont pour objectif au contraire une répartition des richesses, une relocalisation des richesses et des pouvoirs au niveau des territoires.

Le Paiement

Ruche - Il existe "des délais de paiement très courts : les producteurs sont payés 10 à 15 jours après la vente", et "l’argent est directement versé sur le compte".

AMAP – Dans une Amap, le délai est tellement court... que les producteurs sont payés avant ! D’ailleurs, c’est un peu le principe de base des Amaps : L’engagement des "consomm’acteurs" est concrétisé par un paiement à l’avance. Ce paiement permet à la fois une sécurisation de l’engagement mais aussi une trésorerie d’avance pour le producteur. Par exemple, le consommateur paiera lors de la première livraison, les commandes qu’il a passée pour 2 à 3 mois. Ce type de paiement peut évidemment être assoupli pour faciliter des difficultés de paiement.

L’Engagement

Amap – Comme expliqué ci-dessus, les adhérents d’une AMAP s’engagent à soutenir des producteurs. Un des moyen est l’achat en vente directe sur une partie de production et donc dans la plupart des cas sur une période assez longue. Cette engagement prend la forme d’une commande allant de quelques semaines (10 semaines à l’Amap d’Argentan) à 1 an. Cette aspect peut paraître contraignant mais dans beaucoup de cas il devient une simple habitude ; et les AMAP ainsi que les producteur peuvent faire montre de beaucoup de souplesse. D’autres formes d’engagement sont possibles (aides ponctuelles, cagnottes solidaires, ...)
Les producteurs s’engagent à livrer régulièrement, et s’engagent également sur leur pratiques.

Ruche – Dans la charte des Ruches les engagements ne concernent que trois partis : responsable, producteur et ruche mama (société Equanum) et pas les consommateurs. Leur engagement s’effectue simplement au paiement de la simple commande. Sans durée. C’est une plus grande liberté pour le consommateur.
Le producteur ne livre que s’il y a un nombre suffisant de commandes.

La prise de décisions

Amap - Le principe dans une Amap c’est de pouvoir prendre des décisions, au maximum, collectives et collégiales. Évidemment cela prend du temps, nécessite de faire des réunions, de se concerter, parfois de ne pas être d’accord.... Mais l’idée est que tout consommateur et que tout producteur participant à une Amap a son mot à dire sur le fonctionnement, l’amélioration, les prix... Il est également prévu dans les statuts que les responsabilités de l’organisation soient partagées et tournent entre les différents amapiens ; ainsi depuis la création de l’Amap d’Argentan en 2005, 7 personnes ou binômes ont été responsable de son fonctionnement.

Ruche - Dans une ruche, les participants sont également invités à proposer de nouveaux produits, ou producteurs qu’ils connaissent. Mais c’est bien le responsable de ruche qui décidera qui en fait partie et c’est lui qui organise et anime la vie de la Ruche. Ce temps passé à l’organisation de la ruche est rémunéré, ce qui est un point positif pour le responsable (un possible complément d’activité). Pour le consommateur c’est un engagement temporel moindre.

Type d’agriculture

Amap - Dans beaucoup d’Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne, les producteurs soutenus concernés par l’Agriculture Paysanne et donc par la préservation de l’environnement, se tournent bien souvent et très naturellement vers une certification AB car ils en sont très proche ou déjà dedans dans leur pratique.

L’agriculture paysanne est une idée de l’agriculture qui s’inscrit dans les critères de durabilité, de respect de l’environnement et de conservation du tissu social. C’est une vision qui affirme que l’agriculture n’a pas qu’un rôle de production de denrées alimentaires, mais a aussi un rôle social, environnemental et de maintien de la qualité des produits.
Elle s’appuie sur une charte, 10 principes, et 6 thèmes [1].

Ruche – Le type d’agriculture soutenu par les ruches n’est pas explicitement mis en avant. Le seul critère clairement inscrit à différents endroits est de soutenir l’agriculture de la Région (voir paragraphe sur l’approvisionnement local) et de favoriser une alimentation de qualité. Il est tout de même inscrit dans La charte de la Ruche, que la société Equanum prévoit de "Référencer uniquement des Fournisseurs issus de l’agriculture vivrière et des artisans professionnels, soucieux de relocaliser leur activité tout en visant l’excellence écologique et qualitative. "

Voir ici la différence entre les 2 chartes :
http://miramap.org/LA-CHARTE-DES-AMAP-2014.html
http://www.laruchequiditoui.fr/homepage/charteTripartite

Un approvisionnement local ?

Dans les deux cas, un système d’approvisionnement local est défendu (mais tout est toujours relatif ! :) :

Ruche - Dans une Ruche, les fournisseurs se situent "dans un rayon de 250 km" du lieu d’approvisionnement afin de satisfaire les "membres qui souhaitent acheter des produits locaux".

Amap - Si aux Etats-Unis, où tout y est démesuré, les locavores se définissent comme consommant des produits ayant parcouru moins de 160 km [2], dans une Amap française les paysans se situent plutôt à une centaine de km (maximum !) du lieu de livraison. Il nous semble qu’une périphérie de 60 km reste convenable. A Argentan, par exemple, le producteur le plus éloigné est à 81 km (pour un produit qui ne court pas les rues en bio ! : du lapin) et la distance moyenne des producteurs est de 37 km, pour des produits tous certifiés bio, une contrainte supplémentaire si l’on veut se fournir au plus proche).

Le lien

Ruche – La présence des producteurs n’est pas obligatoire mais souhaitée le plus souvent possible et les commandes se font par Internet, se rapprochant du principe d’un "drive", ce qui est une facilité pour les consommateurs.

Amap - L’objectif dans une Amap est de soutenir les paysans locaux, de connaître d’où viennent les produits que nous mangeons mais aussi de recréer du lien. La présence des producteurs est obligatoire dans les AMAP, et la présence des adhérents est nécessaire pour à la fois recevoir les produits et passer les commandes. Les adhérents peuvent être eux-même responsable de certains aspects de la gestion et des relations, ce qui est important dans le processus de connaissance mutuelle entre producteurs et consommateurs.

La notion de Choix

Dans une Ruche vous pouvez tout choisir comme vous le souhaitez.
Dans une Amap c’est la même chose... sauf pour le panier de légumes ! Dans l’idée de soutenir le maraîcher et sa production selon la saison, le panier est constitué de produits définis par lui-même en fonction de ce qu’il a récolté. Certains y verront une contrainte ; d’autres diront que c’est surtout une question d’habitudes alimentaires et culinaires.

Objectifs recherchés

Amap - Une Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne a pour objectif de Maintenir et soutenir un type de production et donc un type de producteurs avant tout.

Ruche - Le but de La Ruche Qui Dit Oui est de fournir à toutes les familles qui le souhaitent une alimentation locale de qualité, et de protéger une agriculture d’avenir tout en lui donnant les moyens de se développer.

Dans les faits il peut donc y avoir maintes ressemblances entre Amaps et Ruches, mais la tournure de l’objectif, du but, ainsi que le mode d’organisation font apparaître des différences importantes, offrant à chaque ’formule’ un sens et un intérêt particulier.

Les points communs

- Un lieu où consommateurs et producteurs se retrouvent le temps de la livraison des produits.
- Des produits variés dans les 2 cas (une Amap ce n’est pas que des légumes, à Argentan on compte ainsi plus de 10 producteurs et plus de 30 produits différents : viande, pain, œufs, farine, ... voir ici la liste des produits).
- Exclure la grande production industrielle
- Choisir des produits locaux et respectueux de l’environnement
- Le possible contact avec les producteurs et des visites possibles.

Et pour un certain nombre d’autres critères (convivialité, échange, entraide...), difficile de faire des généralités, car que ce soit en Amap ou en Ruches, les fonctionnements varient selon les endroits. Chaque groupe, collectif, responsable, lieu a en effet ses propres principes, règles, habitudes et "coutumes".


[1Les dix principes de l’agriculture paysanne
Principe n° 1 : répartir les volumes de production afin de permettre au plus grand nombre d’accéder au métier et d’en vivre. Principe n° 2 : être solidaire des paysans des autres régions d’Europe et du monde.
Principe n° 3 : respecter la nature.
Principe n° 4 : valoriser les ressources abondantes et économiser les ressources rares.
Principe n° 5 : rechercher la transparence dans les actes d’achat, de production, de transformation et de vente des produits agricoles.
Principe n° 6 : assurer la bonne qualité gustative et sanitaire des produits.
Principe n° 7 : viser le maximum d’autonomie dans le fonctionnement des exploitations.
Principe n° 8 : rechercher les partenariats avec d’autres acteurs du monde rural.
Principe n° 9 : maintenir la diversité des populations animales élevées et des variétés végétales cultivées.
Principe n° 10 : raisonner toujours à long terme et de manière globale.

[2"Comment définir ce qui est local ? Notre ami, Gary Nabhan, l’a défini dans son livre Coming Home to Eat, comme un produit se trouvant dans un rayon de 400 kilomètres dans les régions désertiques du sud-ouest des Etats-Unis. En revanche, dans la Bay Area, autour de San Francisco, les locavores préconisent un rayon de 160 kilomètres dans la région fertile de Californie. Pour nous, dans les Appalaches, les légumes de saison sont littéralement à portée de mains mais nos produits laitiers viennent de 190 kilomètres de distance. C’est toujours mieux, d’après moi, que les 1920 kilomètres également proposés chez l’épicier. Nous gardons toujours à l’esprit ces différents facteurs : consommation d’essence, utilisation des pesticides, qualité du produit et soutien aux agriculteurs. Il faut savoir que nos achats transforment continuellement les choix qui nous sont proposés et ont de l’influence sur les méthodes agricoles." Steven L. Hopp dans le très ludique et nom moins instructif "Un jardin dans les Appalaches" de la romancière Barbara Kingslover.


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"La nature meurt, parce que la culture meurt."

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"Rien n’est aussi terrible que de voir l’ignorance en action."

7 février 2014 - Lady Bird Johnson, Première dame des États-Unis de 1963 à 1969

"L’espoir fleurit là où fleurissent les fleurs."

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"Ne se mettre à genoux que pour ramasser une fleur"